Le secret du président
de
Patrick Huet
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Publish by : Smashwords edition - 2009
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Dépôt légal : décembre 1996 Patrick Huet 73, rue Duquesne 69006 Lyon
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The author : Patrick Huet
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Début de l'histoire.
Dans le beau pays de Kermayan vivait le plus célèbre des hommes. Le plus célèbre, car il en était le président et tous, dans le pays, le connaissaient.
Il aurait pu être le plus heureux des hommes, parce que tous les habitants lui obéissaient, mais il ne l'était pas ! Un grand secret pesait sur son coeur ; et souvent, il soupirait quand personne ne le regardait.
Comme tous les présidents, c'était un homme très occupé.
Le matin, il se levait de bonne heure et prenait son petit déjeuner en compagnie de ses deux conseillers : Marta et Martin.
— Comment va donc ce bon pays de Kermayan ? Leur demandait le président en s'asseyant à la table.
— Oh, les affaires ne vont pas bien fort ! répondait toujours Marta.
— Pas fort du tout ! ajoutait ensuite Martin.
— Très bien, très bien ! répliquait le président. Cela ne va donc pas si mal que ça !
Et il commençait à manger en écoutant les problèmes de Marta et de Martin.
Des problèmes, des problèmes...
Après le petit déjeuner, il allait dans son bureau et recevait son ministre du travail.
— Comment va donc le travail dans ce bon pays de Kermayan ? demandait à nouveau le président.
— Cela va mal ! répondait toujours le ministre.
Et pendant une heure, il ouvrait des quantités de dossiers, sortait des kilos de papiers pour expliquer combien le travail allait mal. Une heure très longue pendant laquelle le président ne cessait de soupirer en son coeur. Et lorsqu'il voyait par la fenêtre les branches du peuplier remuer dans le vent, il soupirait encore plus fort.
Vers 10 heures du matin, c'était au tour du ministre de la Justice et du chef de la police de se présenter.
— Comment vont donc les affaires dans ce bon pays de Kermayan ? Répétait le président.
— Cela va très mal ! répondait le ministre de la Justice.
— Oh oui, très mal !ajoutait le chef de la police.
Et pendant deux heures, ils parlaient, ils parlaient, ils parlaient. Ils ouvraient des piles de dossiers, sortaient des kilos et des kilos de papier qui expliquaient pourquoi tout allait mal. Sans oublier les centaines de feuilles à signer.
Deux heures très longues... et là-bas, dans la cour, le peuplier continuait à s'agiter librement dans le vent léger.
Alors, le président soupirait très fort dans son coeur. Comme le peuplier avait de la chance !
Encore des problèmes.
A midi, il déjeunait avec ses deux conseillers, Marta et Martin, qui ne manquaient pas de lui parler longuement de tous les problèmes qui étaient survenus depuis le matin. Vers 13 heures, le président sortait de table et s'en allait dans la salle de réception. Son ministre de la communication l'attendait déjà.
— Comment va donc la communication dans ce bon pays de Kermayan ? questionnait le président en entrant dans la salle.
— Cela va archimal ! ? répondait le ministre de la Communication.
Et pendant trois heures, il démontrait combien la communication allait mal. Mais comme c'était un bon ministre, il apprenait au président comment s'entraîner à bien communiquer. Et pendant trois heures, le président apprenait à marcher d'une certaine façon, à serrer des mains - très important cela, le serrement de mains ! il ne fallait pas que ce ne soit trop fort ni trop faible. Il s'entraînait également à sourire pour qu'on le trouve charmant. On lui présentait aussi une poupée pour qu'il apprenne à faire des bisous aux petits enfants...
Enfin, toutes ces petites choses qu'un président doit savoir faire pour être un bon président.
Et pendant qu'il s'entraînait ainsi à faire semblant de sourire, le président pensait toujours au peuplier et à ses longues branches qui se balançaient dans le vent
Quel malheur d'être président !
— Ah ! soupirait-il en son coeur, quel malheur de ne pouvoir faire ce que l'on veut quand on est président !?
Après un quart d'heure de repos, il retournait à son bureau. Il n'avait que le temps de s'asseoir, car le premier ministre arrivait déjà.
— Comment va donc ce bon pays de Kermayan ? Reprenait le président.
— Cela va terriblement mal, lui répondait toujours le premier ministre. Cela va affreusement mal, catastrophiquement mal !
Le premier ministre se tournait alors vers son assistant et lui faisait signe de pousser un chariot. Un grand chariot sur lequel pesaient 40 kilos de dossiers, de papiers et de feuilles de toutes sortes et de toutes les couleurs. Et pendant cinq heures de suite, il ouvrait tous ces dossiers, montrait au président chacune des feuilles en babillant continuellement.
Et pendant qu'il parlait, qu'il parlait... le président soupirait, soupirait... Et par la fenêtre, il voyait toujours les branches du peuplier qui se balançaient, se balançaient...
C'étaient ainsi que se déroulaient les journées du président.
Un jour cependant, il reçut à dîner l'ambassadeur d'un pays étranger. Il s'en alla vers les cuisines commander un grand repas. Comme il s'avançait dans les couloirs, il aperçut près de la porte un tout petit enfant qui s'amusait avec des billes.
Une surprise.
Surpris de le trouver en ces lieux, le président l'interrogea.
— Bonjour, mon petit. Je ne t'ai jamais vu par ici. Dis-moi donc ce que tu fais là en ce beau jour !
— Je joue aux billes, bien sûr !
— Oui, évidemment ! Mais je voulais plutôt te demander qui était ton père.
— Oh, je suis le fils du cuisinier. Comme c'est mon anniversaire aujourd'hui, il a bien voulu que je l'accompagne à son travail. Et j'ai eu plein de cadeaux ! Et toi, que voudrais-tu pour ton anniversaire ?
Le président soupira très fort.
— Oh, mon anniversaire, c'est loin, très loin ! Et ce que je voudrais, il m'est impossible de l'obtenir, parce que ce serait très mal vu. Il y a le règlement, tu comprends, et toutes ces choses...
— Non, je ne comprends pas ! Mais dis-moi donc ce que c'est, que tu voudrais !
Comme le président hésitait, il s'écria.
— Je te jure que ne le répéterai à personne. Je le garderai comme un secret !
Entendant cela, le président se baissa vers l'enfant et lui raconta à l'oreille ce qu'il souhaitait le plus.
Un ambassadeur étranger
Plus tard, dans la soirée, l'ambassadeur étranger arriva enfin. Tout le monde s'installa dans le grand salon pour le dîner. Le président avait insisté pour que l'enfant du cuisinier vînt manger à la table de réception.
— C'est aujourd'hui son anniversaire, expliqua le président à l'ambassadeur, j'ai tenu à lui faire cette surprise. Vous n'y voyez pas d'inconvénient, j'espère.
— Aucun, absolument aucun, assura l'ambassadeur. Au contraire, je trouve que c'est un très beau geste. Et même, si vous me le permettez, j'aimerais moi-même lui faire un cadeau à cet enfant. Je vous propose que nous lui demandions ce qui lui ferait le plus plaisir et nous lui accorderions ce qu'il voudra. ?tes-vous d'accord avec moi, Monsieur le Président ?
— Tout à fait, Monsieur l'Ambassadeur. Je vous en prie, posez-lui la question.
L'ambassadeur se tourna donc vers l'enfant.
— Mon petit, dit-il, je te souhaite un bon anniversaire. Pour cette occasion, nous voudrions te faire un cadeau. Dis-nous ce que tu veux et tu l'auras aussitôt !
— Tout ce que je veux ?
— Oui, oui ! Tout ce que tu veux !
Avec un petit sourire sur les lèvres, l'enfant répondit.
— Alors, pour mon cadeau d'anniversaire, je voudrais grimper dans le peuplier et me balancer dans ses branches avec le Président.
Le président ouvrit de grands yeux effarés.
— Grimper dans le peuplier et se balancer... non, non... c'est impossible ! Il y a le règlement ! Que dira-t-on de moi quand on saura cela ?
— On dira simplement que vous êtes un très bon président, s'exclama l'ambassadeur. Parce que vous avez tenu votre parole et accordé son cadeau d'anniversaire à un petit enfant, on vous applaudira dans tout le pays. Grimper aux arbres, c'est ridicule, bien sûr ! Mais dans le cas présent, c'est un devoir ; je dirai même un devoir sacré, puisque nous lui en avons fait la promesse.
— Vous le croyez vraiment, Monsieur l'Ambassadeur ?
— J'en suis certain, Monsieur le Président. Allez donc, nous vous accompagnons de tout coeur !
Le secret du président.
Et c'est ainsi que pour la première fois depuis très longtemps, le président fut heureux. Il se balança dans les branches avec une légèreté étonnante en riant aux éclats. Il tenait par la main un petit enfant tout aussi heureux que lui, le seul habitant de Kermayan qui connaissait son secret.
Car ce que le président n'avait jamais dit à personne, c'était qu'il adorait grimper dans les arbres et se balancer dans les branches. Et cela, il ne pouvait plus le faire, parce qu'il était un adulte et qu'il était aussi le président.
Mais en ce jour merveilleux, grâce à ce petit enfant, il put enfin accomplir son rêve secret.
FIN
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